Une phrase apparemment juste, mais qui peut figer le processus
Il y a des phrases qui donnent immédiatement le sentiment d’être du bon côté.
Des phrases qui sonnent posées, raisonnables, presque sages.
« Il n’était pas si mauvais. »
« Il avait aussi de belles qualités. »
Elles arrivent souvent après coup.
Quand la relation est terminée, quand la violence n’est plus active, quand l’entourage cherche à refermer le chapitre.
Elles semblent marquer une forme de maturité émotionnelle : ne pas caricaturer, ne pas diaboliser, reconnaître la complexité humaine.
Et pourtant, chez beaucoup de femmes, cette phrase ne libère pas.
Elle fige.
Elle laisse une sensation étrange : comme si quelque chose restait en suspens, non digéré, non stabilisé.
Comme si, malgré la compréhension, malgré la distance, une part intérieure restait empêchée de conclure clairement ce qui a été vécu.
Cette phrase agit rarement comme une simple observation neutre.
Elle devient souvent une obligation intérieure.
Un réflexe presque automatique, qui surgit dès que le destructeur est nommé :
Oui, mais…
Il n’était pas que ça.
Il y avait aussi du bon en lui.
Ce “oui mais” n’est pas anodin.
Il vient souvent neutraliser l’impact réel de la relation, diluer ce qui a fait mal, rééquilibrer artificiellement le récit.
Non pas parce que la femme est naïve ou dans le déni, mais parce qu’elle a appris — très tôt — qu’être juste, c’est être nuancée.
Et qu’être nuancée, c’est ne pas aller trop loin dans ce qu’elle affirme.
Le problème n’est pas de reconnaître qu’un être humain n’est jamais entièrement noir.
Le problème, c’est le moment et la fonction de cette reconnaissance.
Quand elle apparaît avant que la blessure soit intégrée, avant que les limites soient stabilisées, avant que la colère légitime ait trouvé sa place, la nuance ne soigne pas.
Elle anesthésie.
Cet article ne cherche pas à transformer une relation destructrice en caricature.
Il ne s’agit pas de nier le bon, ni de réécrire l’histoire en bloc.
Il s’agit de comprendre pourquoi cette phrase — apparemment équilibrée — peut devenir un frein majeur dans la sortie réelle de l’emprise.
Parce que parfois, ce qui semble le plus raisonnable est aussi ce qui empêche le plus profondément de se libérer.
Pourquoi cette phrase paraît saine (et pourquoi elle séduit autant) ?
Dire « il n’était pas si mauvais » donne immédiatement le sentiment d’occuper une position juste.
Une position qui rassure.
Autant soi-même que les autres.
Dans l’imaginaire collectif, la nuance est associée à la maturité émotionnelle.
Être nuancée, ce serait être intelligente, posée, capable de recul.
À l’inverse, nommer frontalement le destructeur expose à des étiquettes disqualifiantes : excessive, amère, revancharde, incapable de passer à autre chose.
Cette phrase offre donc une protection sociale immédiate.
Elle permet de parler sans déranger, sans créer de malaise, sans obliger l’autre à soutenir une émotion inconfortable.
Elle adoucit le récit, le rend plus acceptable, plus digeste pour l’entourage.
Mais elle agit aussi comme une preuve morale.
En reconnaissant le bon, la femme montre qu’elle n’est pas injuste.
Qu’elle n’exagère pas.
Qu’elle ne règle pas ses comptes.
Elle se présente comme fiable, crédible, raisonnable.
Ce réflexe n’est pas neutre.
Beaucoup de femmes ont été socialisées à croire que leur parole n’est recevable qu’à condition d’être mesurée.
Qu’une émotion trop tranchée disqualifie le propos.
Qu’une colère nette invalide l’analyse.
Dire « il n’était pas si mauvais » devient alors une manière de se rendre audible.
Comme si, pour être entendue, il fallait d’abord rassurer sur le fait qu’on ne va pas trop loin.
Qu’on ne va pas “exagérer”.
Cette phrase séduit aussi parce qu’elle évite une tension intérieure.
Nommer quelqu’un comme destructeur sans contrepoids oblige à affronter des émotions puissantes : colère, tristesse, sentiment d’injustice, parfois même honte d’avoir toléré l’intolérable.
La nuance prématurée vient amortir ce choc.
Elle maintient une zone grise, moins douloureuse à regarder en face.
Enfin, cette formulation donne l’illusion d’une forme de maîtrise.
Comme si équilibrer le récit permettait de reprendre le contrôle sur ce qui a été vécu.
Comme si reconnaître le bon empêchait de sombrer dans la rancœur ou la perte de repères.
Mais ce qui rend cette phrase si séduisante est aussi ce qui la rend dangereuse dans certains contextes.
Car derrière son apparente sagesse, elle peut fonctionner comme un vernis de stabilité posé trop tôt sur une expérience encore vive.
Ce n’est pas la nuance en elle-même qui pose problème.
C’est le fait qu’elle soit souvent utilisée avant que la relation ait été pleinement nommée pour ce qu’elle a été.
Quand la nuance devient un anesthésiant émotionnel
Il y a un moment précis où la nuance cesse d’être une ouverture, et commence à agir comme un écran.
Ce basculement est rarement conscient.
Il ne s’agit pas de mentir, ni de nier ce qui a été vécu, mais de désamorcer l’intensité émotionnelle avant qu’elle n’ait pu être pleinement reconnue.
À ce stade, la phrase « il n’était pas si mauvais » ne vient plus enrichir la compréhension.
Elle intervient comme un réflexe.
Un automatisme intérieur qui s’active dès que la douleur, la colère ou la lucidité s’approchent d’un point sensible.
La nuance devient alors un interrupteur émotionnel.
Dès que l’impact réel de la relation commence à émerger, elle coupe le courant.
Elle empêche l’émotion de monter, de se structurer, de prendre une forme claire.
Concrètement, cela se manifeste par des formulations qui semblent équilibrées, mais qui déplacent subtilement le centre de gravité du vécu :
Oui, ça m’a fait mal, mais il faisait de son mieux.
Oui, c’était dur, mais il avait aussi ses blessures.
Oui, il y a eu des choses graves, mais il y avait de l’amour.
Chaque “mais” agit comme un sédatif léger.
Il n’annule pas totalement la douleur, mais il la rend floue, moins définissable, moins légitime.
L’émotion n’est pas niée — elle est diluée.
Or, une émotion qui n’est pas clairement reconnue ne peut pas s’intégrer.
Elle reste en suspens, non formulée, et continue d’agir en arrière-plan.
Ce n’est pas parce qu’elle est atténuée qu’elle est digérée.
La nuance utilisée trop tôt empêche souvent une étape fondamentale : la validation pleine de l’impact.
Non pas l’évaluation morale de l’autre, mais la reconnaissance de ce que la relation a fait au corps, au système nerveux, à l’estime de soi.
En anesthésiant l’émotion, la nuance prématurée protège à court terme.
Elle évite l’effondrement, la confrontation brutale, la sensation de perte de contrôle.
Mais à moyen et long terme, elle empêche la stabilisation intérieure.
Ce mécanisme est d’autant plus puissant qu’il est socialement encouragé.
La femme nuancée est valorisée.
La femme qui nomme clairement ce qui a été destructeur est souvent invitée à relativiser, à prendre du recul, à “ne pas rester là-dessus”.
Ainsi, ce qui est présenté comme une preuve de maturité peut devenir une manière élégante de retarder le processus émotionnel nécessaire à la sortie réelle de l’emprise.
La nuance n’est pas ici un signe de sagesse.
Elle devient un anesthésiant discret, suffisamment doux pour ne pas être perçu comme un problème, mais suffisamment efficace pour empêcher l’émotion d’aller jusqu’à son terme.
Le “bon côté” comme preuve truquée
Lorsqu’une relation a été profondément déstabilisante, le “bon côté” devient souvent une pièce centrale du raisonnement intérieur.
Il est invoqué comme un élément de preuve.
Comme si sa simple existence venait invalider, ou au moins relativiser, ce qui a été destructeur.
Le raisonnement est rarement formulé ainsi, mais il opère en profondeur :
Puisqu’il y avait du bon, alors ce n’était pas si grave.
Puisqu’il pouvait être tendre, attentionné, présent parfois, alors il n’était pas vraiment dangereux.
Puisqu’il y a eu des beaux moments, alors la relation ne peut pas être qualifiée de nocive dans son ensemble.
Le “bon côté” fonctionne alors comme une preuve truquée.
Non pas parce qu’il est inventé, mais parce qu’il est utilisé hors contexte.
Il est extrait de la dynamique globale et présenté comme un contrepoids équivalent à ce qui a fait mal.
Or, une relation ne se mesure pas à l’addition de moments positifs et négatifs.
Elle se juge à sa structure.
À la manière dont le pouvoir circule.
À la place laissée à l’autre pour exister sans se restreindre, se justifier ou se dissoudre.
Des gestes tendres peuvent coexister avec des mécanismes de contrôle.
Des périodes calmes peuvent alterner avec des phases de dévalorisation ou de tension.
La présence du “bon” ne neutralise pas l’impact du destructeur lorsqu’il est structurel.
Le piège consiste à confondre qualités ponctuelles et sécurité relationnelle.
Un individu peut avoir de belles qualités humaines, être capable d’empathie à certains moments, et néanmoins instaurer une relation insécurisante, instable ou violente sur le plan psychique.
Dans ce contexte, le “bon côté” est souvent utilisé comme un argument de défense postérieur.
Soit pour protéger l’image de l’autre.
Soit pour protéger l’image que l’on a de soi-même :
Si ce n’était pas si grave, alors je n’ai pas tant trahi mes limites.
Si ce n’était pas que mauvais, alors mon engagement était justifié.
Cette preuve truquée permet de maintenir une cohérence interne, mais elle brouille l’évaluation réelle de ce qui s’est joué.
Elle empêche de nommer clairement la nature de la relation, indépendamment des intentions ou des qualités de l’autre.
Reconnaître le bon n’est pas une erreur.
L’ériger en contre-preuve l’est.
Car ce n’est pas l’existence de moments lumineux qui définit une relation saine, mais la prévisibilité, la sécurité et la possibilité d’être soi sans coût psychique majeur.
Tant que le “bon côté” sert à disculper la structure, la lucidité reste partielle.
Pourquoi le psychisme s’accroche à cette phrase ?
Si cette phrase revient avec autant de force, ce n’est pas par naïveté ni par faiblesse.
C’est parce qu’elle remplit une fonction psychique précise.
Elle permet de tenir debout quand le récit menace de s’effondrer.
Reconnaître qu’une relation a été profondément destructrice oblige à affronter une rupture intérieure majeure.
Cela signifie admettre que ce qui a été investi, parfois pendant longtemps, n’offrait pas la sécurité espérée.
Que l’amour, l’engagement, les efforts n’ont pas protégé.
Que certaines limites ont été franchies sans être reconnues sur le moment.
Cette prise de conscience est violente.
Elle génère du vide, de la colère, parfois de la honte.
Non pas une honte morale, mais une honte existentielle : comment ai-je pu rester là ?
La phrase « il n’était pas si mauvais » vient alors colmater la brèche.
Elle empêche une fracture trop brutale du récit personnel.
Elle permet de maintenir une continuité entre celle que tu étais dans la relation et celle que tu es après.
Il y a aussi un besoin profond de donner du sens.
Si la relation n’était pas que destructrice, alors elle avait une raison d’être.
Elle n’était pas “pour rien”.
Cette idée protège du sentiment d’avoir perdu du temps, de l’énergie, une part de soi sans retour possible.
À cela s’ajoute un mécanisme de protection émotionnelle.
Nommer pleinement la destructivité ouvre la porte à des affects puissants : colère franche, tristesse profonde, sentiment d’injustice.
Or, beaucoup de femmes ont appris à contenir ces émotions, à les réguler avant même de les reconnaître.
La nuance agit ici comme un frein intérieur : elle limite l’intensité avant qu’elle ne devienne ingérable.
Enfin, cette phrase protège parfois d’une peur plus diffuse : celle de la radicalité.
Dire clairement qu’une relation a été nocive peut donner l’impression de devenir dure, fermée, ou injuste.
La nuance maintient une image de soi compatible avec des valeurs de compréhension, d’empathie, de bonté.
S’accrocher à cette phrase n’est donc pas une erreur individuelle.
C’est une stratégie de survie psychique, apprise et renforcée par des normes sociales qui valorisent l’auto-modération féminine.
Le problème n’est pas qu’elle protège.
Le problème est qu’elle protège trop longtemps, au point d’empêcher la stabilisation intérieure nécessaire pour réellement sortir de l’emprise.
La différence entre nuance adulte et confusion traumatique
Toute nuance n’est pas un problème.
La capacité à voir la complexité humaine est même un signe de maturité psychique.
Mais encore faut-il distinguer la nuance qui éclaire de celle qui brouille.
La nuance adulte ne cherche pas à équilibrer artificiellement.
Elle ne fonctionne pas comme une balance morale destinée à rassurer.
Elle apparaît après — après que les faits ont été nommés, après que l’impact a été reconnu, après que les limites ont été posées intérieurement.
Dans la nuance adulte, le réel est stable.
Ce qui a été destructeur est clairement identifié.
Les conséquences sur le corps, l’estime de soi, la sécurité intérieure sont reconnues sans détour.
À partir de cette base solide, il devient possible de voir aussi des qualités, des intentions, des zones d’humanité — sans que cela n’altère le diagnostic.
La confusion traumatique, elle, fonctionne à l’inverse.
Elle introduit la nuance avant la stabilisation.
Elle intervient au moment même où le vécu cherche encore une forme claire.
La nuance n’est alors pas un enrichissement, mais un correctif permanent.
Concrètement, cela se traduit par une oscillation intérieure :
un jour la relation est reconnue comme nocive,
le lendemain elle est relativisée, contextualisée, excusée.
Rien ne se fixe durablement.
Le psychisme reste en mouvement circulaire, sans point d’ancrage.
Dans la confusion traumatique, la nuance sert à éviter une position claire.
Non par malhonnêteté, mais parce qu’une position claire déclencherait une charge émotionnelle jugée trop coûteuse.
La nuance devient un compromis : ni déni total, ni reconnaissance pleine.
La différence essentielle réside donc dans la fonction de la nuance.
La nuance adulte ajoute de la complexité à un socle déjà solide.
La confusion traumatique retire de la clarté à un vécu encore instable.
La première élargit la compréhension.
La seconde entretient le brouillard.
Ce n’est pas la capacité à voir le bon qui signe la maturité.
C’est la capacité à le voir sans que cela n’efface, n’atténue ou ne relativise ce qui a été destructeur.
Quand la nuance respecte l’impact, elle libère.
Quand elle le dilue, elle maintient l’emprise, sous une forme plus discrète.
Ce que cette phrase empêche de construire
Tant que la phrase « il n’était pas si mauvais » reste un point d’appui central, quelque chose demeure inachevé.
Non pas dans la compréhension intellectuelle, mais dans la structuration intérieure.
Ce qu’elle empêche en premier lieu, c’est une frontière nette.
Sans qualification claire de ce qui a été destructeur, les limites restent floues.
Elles existent en théorie, mais peinent à s’incarner dans les choix, les réactions, les relations suivantes.
Cette ambiguïté rend plus difficile l’identification de ce qui n’est plus négociable.
Ce n’est pas toujours conscient, mais une part intérieure continue de recontextualiser, de tolérer, de minimiser.
Non par faiblesse, mais parce que la référence n’a jamais été stabilisée.
Cette phrase empêche aussi la consolidation de la confiance en soi.
Si le récit reste équilibré de manière artificielle, la perception personnelle demeure discutable.
Il subsiste un doute : ai-je vraiment le droit de qualifier cela de nocif ?
Or, une confiance stable se construit sur des évaluations claires, assumées, non sur des récits sans point d’arrêt.
Sur le plan relationnel, cette absence de clarté se rejoue souvent.
Des comportements problématiques sont perçus, mais aussitôt compensés par des justifications.
Le seuil d’alerte reste élevé.
Il faut que la situation devienne grave pour être reconnue comme telle.
Cette phrase empêche également une réappropriation pleine de l’expérience.
Tant que le destructeur n’est pas nommé comme tel, l’impact reste partiellement orphelin.
Il n’est ni complètement reconnu, ni totalement intégré.
L’expérience n’est pas digérée, elle est simplement rangée.
Enfin, elle freine la construction d’un rapport plus juste à la responsabilité.
Non pas la responsabilité de l’autre, mais la sienne envers soi-même.
Nommer clairement ce qui a été destructeur n’est pas un jugement moral.
C’est un acte de protection intérieure.
Ce qui n’est pas nommé précisément ne devient pas un repère.
Et sans repère, la reconstruction reste fragile, dépendante de circonstances extérieures plutôt que d’une autorité intérieure stable.
Renoncer à cette phrase comme pilier du récit ne rend pas plus dure.
Cela rend plus claire.
La lucidité n’efface pas le bon, elle remet chaque chose à sa place
Reconnaître qu’une personne n’était pas entièrement mauvaise n’est pas une faute.
Ce qui pose problème, ce n’est pas la présence du bon, mais l’usage qui en est fait.
La lucidité n’exige ni simplification ni caricature.
Elle ne demande pas d’effacer les moments lumineux, ni de nier les qualités humaines.
Elle demande autre chose : hiérarchiser le réel.
Une relation peut contenir de la tendresse et rester nocive.
Elle peut avoir été sincère à certains moments et profondément insécurisante dans sa structure.
Ces deux vérités peuvent coexister, sans s’annuler.
Remettre chaque chose à sa place, c’est accepter que le bon ne serve plus de contrepoids au destructeur.
C’est cesser d’équilibrer ce qui ne l’est pas.
C’est autoriser une lecture claire, stable, sans justification permanente.
La lucidité ne durcit pas.
Elle ne rend ni amère, ni injuste, ni fermée.
Elle permet simplement de sortir de la confusion, de poser des repères internes fiables, et de construire à partir d’eux.
Il n’est pas nécessaire de renier ce qui a existé pour se libérer.
Il est nécessaire de ne plus se trahir au nom de la nuance.
Quand le bon est reconnu sans excuser,
quand le destructeur est nommé sans haine,
alors quelque chose se stabilise.
Et cette stabilité n’est pas une fermeture.
C’est le point de départ d’une reconstruction qui ne repose plus sur la confusion, mais sur une autorité intérieure claire et durable.
La maturité ne consiste pas à diluer le réel, mais à ne plus se faire violence pour le rendre acceptable.
Le lien traumatique —
Le comprendre pour s’en libérer
Si cet article t’a permis de mieux comprendre le lien traumatique et ses mécanismes, le podcast exclusif prolonge cette analyse avec une lecture plus incarnée et nuancée.
